ATHÈNES

Grèce

Comme dans un rêve, le passé

Nous en rêvons encore, parfois, d'Athènes. Nous y sommes allés à trois reprises, la dernière fois au début des années 2000. C'est probablement pour cette raison que nos rêves ressemblent à nos photos: un peu pâlies, un peu recouverts de poussières, un peu sépia. Irréels, et pourtant d'une puissance plus frappante que la réalité. Nous nous voyons encore traverser le quartier défraîchi et abandonné de Monastiraki, en bas de l'Acropole, suivant une rue à l’atmosphère contenue, étouffante, indolente. Dans nos souvenirs, le soleil scintille toujours haut dans le ciel, l’air chaud pénètre tout, flotte dans les canyons et vallons des ruelles et avenues. La luminosité de la journée fait mal aux yeux et transforme les couleurs en nuances de blanc ; même les ombres brillent en gris clair. Les gens marchent dans la rue avec les pas prudents, lents et traînants que les étés chauds leur ont appris d’adopter. Les bâtiments sont bas et vieux et poussiéreux. La plupart des volets métalliques restent fermés, seuls quelques magasins ont ouvert.

Nos rêves, nos souvenirs mélangent quelque peu nos trois visites, mais ils ont une caractéristique commune: une sensation de suranné, de ville étouffée et vide, le souffle d'un passé qui fait toujours vibrer l'air même que nous respirons. Nous nous voyons encore faire le tour de la place où se trouvent les ruines de la Bibliothèque d'Hadrien. Nous nous voyons encore monter vers la Plaka, déambuler entre les petites échoppes et tavernes, monter et descendre le large escalier de pierres dont les interstices sont blanchis à la chaux. Nous sentons encore la froide légèreté de cette Mythos, qui coule lentement de sa bouteille dans le verre à bière tout juste sorti du congélateur et qui nous glace ensuite si agréablement la gorge asséchée.

Et toujours, toujours, toujours, au-dessus de nous, comme le signe d'une vie antérieure qui se rappellerait à nos bons souvenirs, les contours parfaits des temples de l'Acropole… Nous sentons encore la chaleur qui accable chacun de nos pas pendant que nous montons vers le saint des saints en faisant le tour de cette île rocheuse qui surgit au milieu de la ville. Nous nous souvenons parfaitement des dernières marches que nous grimpons, ticket d'entrée dans les mains, jusqu'à arriver tout en haut. Et là, la première brise bienfaisante nous caresse la peau comme une grand-mère caresserait ses petits-enfants pour les rassurer après une très longue séparation. Devant nous les colonnes du Parthénon. Nous avons l'impression d'être revenus chez nous.

Nous faisons le tour des vieux temples, qui ont beau être fragmentaires, mais qui nous paraissent bien plus vrais, plus entiers que toutes les pâles copies que nous avons pu voir ailleurs. Les pierres blanches, presque trop blanches, se détachent clairement du ciel immaculé d'été. Ici, nous touchons un passé soudain devenu notre présent. Tous les mots pour décrire la beauté de cet endroit nous paraissent inadaptés, trop faibles, trop humains. Il est vrai qu'ici, nous pensons plutôt avoir affaire au divin.

En bas, le cœur de la ville moderne bat son rythme habituel. Puis, le jour faiblit, les blancheurs deviennent jaunes, puis orangées. Une autre ambiance, un autre spectacle, d'autres souvenirs qui s'accumulent dans nos têtes. Le rêve éveillé continue, et il ne cesse de nous revenir parfois, la nuit, quand nous pensons dormir…

TRUCS & ASTUCES

  • Le quartier de Monastiraki ("petit monastère" en grec) est accessible par les lignes 1 (verte) et 3 (bleue) du métro athénien. Il est surtout connu pour son marché aux pouces. Lors de notre première visite à la fin des années '90, il était vraiment comme décrit dans le texte: vieillot, poussiéreux, endormi, en d'autres mots pittoresque, charmant, un endroit comme on les aime. Mais ça a beaucoup changé depuis; déjà la dernière fois (et ça date), il y avait plein de cafés et bars branchés. Le quartier reste sympa, mais si vous vous attendez à le trouver tel que décrit ici, vous risquez d'être surpris.
  • Pour l'Acropole, sachez que l'entrée est de 20 euros (site officiel – GR, EN).

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