FLORENCE

Italie

Quand on se fait tout Pitti

La journée s'annonce caniculaire dès le petit matin. Il est encore tôt quand nous descendons la via Pisana en direction du palazzo Pitti, jadis le palais des Médici, qui abrite aujourd'hui une ribambelle de musées. Au bout d'une demi-heure de marche, nous arrivons sur la grande Piazza de' Pitti, une place rectangulaire en pente assez raide. Sa partie haute est délimitée par la façade principale de notre célèbre palais. C'est un bâtiment imposant, pour ne pas dire mastoc, qui n'impressionne pourtant pas les inévitables pigeons qui grou-grou-grou-groutent sur les pavés en cherchant de la nourriture par à-coups de tête. Ah, les pigeons – sans eux, une piazza italienne ne serait pas une vraie piazza italienne!

Il doit être 9h30, il n'y a pas foule devant la billetterie. Nous nous plongeons dans l'étude des billets d'entrée, une liste du genre "Vas-y que je t'embrouille", ou en d'autres mots: on n'y comprend rien. Nous optons finalement pour le billet le plus cher, qui réunit tous les musées du lieu ainsi que le Giardino di Boboli et même le Giardino Bardini, dont nous avons vaguement entendu parler.

Premier étage: la Galerie Palatine, la collection privée de peintures que les Médicis et leurs successeurs ont constituée au fil des siècles. Nous avançons de salle en salle, comprenant enfin l'origine du fameux "syndrome de Stendhal". On est presque écrasé par tous ces magnifiques lustres et tous ces plafonds dorés à fresques, toutes ces statues, tous ces meubles avec intarses. Aux murs, les tableaux des plus grands noms, que ce soit des Italiens (Titien, Le Tintoret, Le Pérugin, Caravage, Raphaël, Véronèse, Botticelli), des Flamands (Rubens, Van Dyck) ou des Espagnols (Velasquez, par exemple). Là, un archange Gabriel au sourire énigmatique; là, un Saint au visage émacié et extatique; là, une Madone qui baigne l'enfant Jésus d'un regard infiniment doux. Nous pensions qu'un trop-plein d'art allait nous lasser rapidement. Mais le contraire s'avère vrai. Nous découvrons aussi bon nombre de peintres dont nous ignorions l'existence, jusqu'ici. Carlo Dolci, par exemple, qui a œuvré au XVIIe siècle et dont les tableaux avec leurs rouges et bleus étincelants semblent comme peints hier.

Ensuite, direction les appartements royaux, utilisés jusqu'en 1920 par une succession de têtes couronnées (les Médici, les Habsbourg-Lorraine, puis Napoléon, qui a légué une magnifique salle de bains à la postérité, et enfin, les rois d'Italie). Le "syndrome de Stendhal" menace encore tellement il y a de choses splendides: murs recouverts de tissus chatoyants, lustres en cristal, poêles en faïence, tableaux, avec en apothéose la salle de trône et la chambre à coucher. Quand nous en ressortons, force est de constater qu'il est temps de se sustenter. Nos billets nous donnent le droit de sortir et de revenir à notre guise pendant toute la journée, alors nous nous aventurons dans les petites ruelles autour du Palazzo Pitti. Nous atterrissons dans un petit bar-café. Le jeune serveur est très avenant, mignon comme un cœur, et il parle en plus très bien français. Nous optons pour une plâtrée de pâtes chacun, suivie d'un petit gâteau fait maison. Quoi dire? Il fait beau, Florence – et le serveur – nous sourient, le repas est de première qualité… la vita è quand même bella!

Après le déj, retour à l'art. Le musée de l'Argenterie se situe au rez-de-chaussée du palais. C’est une magnifique collection d'objets précieux, appelée aussi le "Trésor des Médicis": des camées, des bibelots, des coupes, des reliquaires, des vases et autres objets décoratifs, en or, en argent, en ivoire, ambre, jade, avec des pierres semi-précieuses à la pelle… Nous songeons un peu honteusement aux pauvres couverts en métal argenté que nous utilisons chez nous, le week-end.

Puis, il faut grimper au dernier étage pour la Galerie des costumes. Nos bouquins nous ont annoncé des vêtements du XVIe siècle portés par les Médici en personne, mais allez savoir ce qui se passe, est-ce que c'est jour de lessive ou est-ce que les fringues se sont désagrégées subitement, le fait est que nous ne les voyons nulle part. Pas le moindre petit bout, même pas un slip, niente, nada, que des fringues des XIXe et XXe siècle. Grosse déception!

On finit par la Galerie d'Art Moderne, qui contient des œuvres des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, dont pas mal de pépites encore. Mais après tant d'heures d'art, Didi ressent soudain une poussé de "syndrome de Stendhal". "Overdose de vieilles croûtes!", s'écrie-t-il et traverse les quelques salles restantes au pas de course. Séb a tout juste le temps de s'arrêter à une fenêtre pour prendre en photo la sublime vue sur la ville de Florence. Au rez-de-chaussée, nous fumons une cigarette et buvons de l'eau. Il resterait le musée des Transports à découvrir, mais nous décidons que ce sera pour une prochaine fois…

TRUCS & ASTUCES

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