MADÈRE

Portugal

Fougères, faïences et apéro

Un matin de septembre. Le soleil est généreux, dans notre dos scintille la baie de Funchal. Nous venons de passer devant le Mercado dos Lavradores pour rejoindre le funiculaire. Séb n’en mène pas large, pour être honnête. Déjà qu'il est d'un caractère à toujours anticiper le pire, mais en plus, il n’a jamais pris de funiculaire de sa vie. En attendant notre tour, son regard finit par tomber sur une grande plaque. Ouf! Le funiculaire est apparemment un pur produit "Made in Austria", ce qu'il prend pour un signe de sérieux et de qualité. N’empêche, dès que nous nous sommes installés dans notre cabine, il agrippe son sac comme une bouée de secours en surveillant les câbles d’un œil inquiet. On voit qu'il se pose plein de questions sur leur résistance au feu… il est vrai que nous sommes en train de "survoler" la partie de Funchal qui a été bien amochée dans les incendies survenus voilà quelques jours! Pendant ce temps-là, l’imperturbable Didi profite des vues sur le port, la baie, les ruelles et les toits rouges des maisons. Une angoisse suffit pour deux!

Arrivés à bon port, nous poursuivons la montée à pied. L'entrée au Jardin Tropical est juste là, certes, mais pas question de passer à côté de la Igreja de Nossa Senhora do Monte (Église de Notre-Dame du Monte), qui se dresse un peu plus haut en blanc et gris foncé. L'église plutôt intimiste avec son beau plafond en bois peint offre une vue sublime sur la ville de Funchal et l'océan. Notre visite a un certain intérêt historique puisque le dernier empereur d’Autriche, Charles Ier, est enterré ici. Béatifié en 2004 par l’Église catholique, il attire des pèlerins mais aussi les nostalgiques de l’ancien empire des Habsbourg. Nous constatons que, parmi eux, il doit y avoir pas de mal de Hongrois; innombrables sont les couronnes de fleurs aux drapeaux rouge-blanc-vert. Il est vrai que Charles avait aussi été le dernier roi de Hongrie (Charles IV). Contraint à l’exile en novembre 1918, il n'a plus jamais retrouvé ce trône, malgré plusieurs tentatives. Pour l'anecdote, officiellement, la Hongrie est quand même restée un royaume jusqu’en 1944. Elle avait à sa tête un Régent, l’amiral Horthy. Un bon-mot savoureux circulait l’époque: "La Hongrie est un royaume… sans roi dirigé par un amiral… sans mer."

À l’entrée du Jardin Tropical, on nous annonce une très bonne nouvelle: c'est la Fête du vin de Madère, en ce moment; nous aurons donc droit à une dégustation gratuite dans le petit troquet qui se trouve en bas du jardin. Après un petit tour dans les bâtiments près de l'entrée, nous commençons la descente. Une chaleur moite commence à se faire sentir. Heureusement qu’il y a des arbres partout, des palmiers luxuriants et des fougères arborescentes très impressionnantes. Nous marchons donc à l'ombre, essayant de trouver les noms des fleurs exotiques qui poussent partout comme de la mauvaise herbe, regardant les poissons rouges faire des cabrioles dans les petits étangs, écoutant le murmure des cascades pittoresques, empruntant les ponts suspendus entre les arbres. À chaque virage un nouveau point de vue à couper le souffle. Nous avons l’impression d’être sur une montagne vertigineuse, tellement les bateaux qui naviguent sur l’Atlantique en contre-bas ressemblent à des coques de noix.

La halte au petit troquet tout en bas du jardin est bien méritée. Nous prenons une "cerveja" plus un sandwich et acceptons avec grâce le verre gratuit de vin de Madère. Ensuite, nous poursuivons notre découverte du jardin avec le coin dédié aux orchidées et le jardin asiatique avec ses statues, ses pièces d’eau, ses bambous, ponts et pagodes. Au milieu trône le Monte Palace, qui a donné son nom au jardin (il s’appelle "Jardim Tropical Monte Palace") et ressemble à un petit château des bords du Rhin. Nous regrettons qu’il n’y ait pas moyen de le visiter. En tournant autour, nous découvrons cependant une volière avec des oiseaux tropicaux.

Quand il faut remonter vers l'entrée, il fait plutôt lourd, le soleil tape sur la baie, et un gros nuage têtu trône en haut de la montagne. Le jardin est comme une étuve. Un pas mesuré s'impose. Les chemins étroits montent en méandres, et notre marche lente est égayé par d’innombrables azuléjos, les carreaux de faïence si typiques du Portugal. Passer de panneau en panneau fait oublier le dénivelé important à parcourir. Notre bilan unanime: le Jardim Tropical vaut vraiment le détour par la foultitude de choses à voir…

TRUCS & ASTUCES

  • Plus d'informations sur le Jardim Tropical Monte Palace sur le site officiel – EN, PT
  • Le site du funiculaire de Funchal – FR, EN, DE, RU, ES, PT
  • L'entrée au Jardin plus l'aller-retour en funiculaire reviennent à une trentaine d'euros par personne; ça peut paraître cher, mais même nous qui aimons marcher, voire faire des randos, n'avons pas hésité une seconde…
  • Pour en savoir plus sur Charles Ier d'Autriche – FR

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