MARRAKECH

Maroc

Le kif de l'Atlas

Le chauffeur de taxi s’appelait Mohamed. Il conduisait une vieille Mercedes et se présenta comme le « roi du taxi ». Il portait une djellaba blanche. Ses cheveux courts étaient également blancs, sa peau hâlée et parsemée de rides. Lorsque nous nous arrêtâmes dans une station-service, tout le monde l’appelait « El Hadj Mohamed ».

Nous roulâmes sur l’avenue Mohamed VI. Dehors, tout le monde portait des vêtements d’hiver. Seuls quelques touristes se promenaient en T-shirt et short. Pour les Marrakchis, il ne faisait pas chaud ; c’était tout de même l’hiver.

Il y avait cette bonne femme qui nous suivait dans sa voiture, nous faisant sans cesse des signes en klaxonnant. Mohamed finit par s’arrêter au beau milieu de la rue, ignorant les autres automobilistes, qui lui crièrent dessus. Il descendit du véhicule, l’inspecta de tous les côtés. Enfin, il se rendit compte qu’il avait oublié les clés de la voiture dans la serrure du coffre. Comment avait-il réussi à démarrer la voiture sans les clés, après notre arrêt à la station-service ? Mystère. Il n’expliqua rien, rit seulement, haussa les épaules et leva les mains au ciel comme pour dire : « Dieu m’a donné un don spécial – qui sommes-nous pour comprendre Ses desseins ? »

Nous passâmes devant la Menara, puis nous nous dirigeâmes vers les montagnes. La terre rouge brillait dans la lumière de décembre. Ainsi, nous roulâmes pendant deux heures. De part et d’autre, des villages berbères avec leurs maisons en pierre rouge. Enfin, nous arrivâmes au bout de cette route qui montait en serpentines la vallée de l’Ourika. Le village que nous atteignîmes s’appelait Setti-Fatma. Un jeune homme se proposa comme guide. Il nous fit traverser le village et la rivière. Un groupe de jeunes femmes souriantes, toutes aux cheveux noirs et vêtues d’épais pull-overs colorés et de longues jupes, était en train de faire la lessive dans l’eau glaciale. Timidement, elles nous dévisagèrent sous leurs foulards et éclatèrent de rire.

Le village sentait les keftas et le poulet aux olives et au citron. Dans des fours en pierre faits main mijotaient des tajines.Nous montâmes dans la vallée des sept cascades. De temps à autre, nous dûmes marcher dans l’eau, chercher notre chemin sur des rochers glissants. Nous nous arrêtâmes près d’un lac artificiel.

Notre guide s’assit et roula un joint. Nous nous le passâmes et fûmes agréablement cassés au bout d’une minute.

Rouges et sans arbres, les montagnes majestueuses de l’Atlas nous dominaient tout autour. Leurs sommets étaient couverts de neige sous un ciel limpide. L’air, frais et nouveau et exotique, sentait les épices. La liberté nous regardait de ses yeux à moitié endormis.

TRUCS & ASTUCES

  • Ce texte est un extrait du livre "Petites portions" par Dieter Moitzi, disponible sur amazon
  • La vallée de l'Ourika est une vallée du Haut Atlas marocain. Elle est située à 30 km de Marrakech et considérée comme une vallée relativement préservée, tant par sa nature que par son mode de vie montagnard traditionnel. Nous recommandons vivement de s'y rendre, c'est juste majestueux (même si vous faites l'impasse sur la partie "kif", bien sûr).
  • La plupart des tours-opérateurs et hôtels proposent des excursions dans la vallée de l'Ourika, mais nous avons trouvé les prix assez prohibitifs. Le mieux, c'est de négocier un forfait avec un chauffeur de taxi, comme nous l'avons fait. Il vous y conduira, vous attendra sur place et vous ramènera pour bien moins cher. Ne soyez pas étonné, en revanche, s'il fait une ou deux haltes dans des boutiques implantées le long du trajet pour vous montrer des tapis ou des bijoux particulièrement magnifiques. Ça fait partie du jeu, vous n'êtes pas obligé d'acheter, et nous avons constaté que les prix des marchandises étaient, là encore, plutôt intéressants.
  • Pour ce qui est du kif, eh bien, notre récit est véridique. En fait, les habitants des montagnes cultivent et consomment du cannabis depuis la nuit des temps, mais sachez que c'est officiellement interdit depuis 1956 et uniquement toléré pour les Marocains. En tant que touriste, il vaut donc mieux ne pas se faire choper avec du cannabis sur soi par la police!

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