Orval

Belgique

La bière du bout du monde

L'arrivée depuis Florenville nous réserve une belle surprise: un dépaysement total. La route droite et moderne semble être le seul signe du siècle où nous vivons. Sinon, rien ne semble avoir bougé ici depuis des temps immémoriaux. C'est comme si nous nous étions embarqués dans un voyage vers un espace-temps parallèle car ici, on ne voit pas une habitation, pas un bâtiment, pas âme qui vive, mais des forêts, des forêts, des forêts. Nous nous attendons presque à voir des licornes montés par des faunes bondir de derrière un arbre… Si l'on fait abstraction de la route, on imagine aisément ce que les gens devaient ressentir au Moyen-Âge quand ils devaient traverser ces contrées. Et nous ressentons aussi une grande sérénité nous envahir, qui nous laisse deviner pourquoi les premiers moines venus de Calabre (pas la porte d'à côté, quand même) se sont installés au milieu de cette forêt au XIe siècle…

L'abbaye d'Orval au bout de la route surgit tel un oasis de pierres jaunes dans cet écrin de verdure. Les bâtiments actuels datent des années 30, quand un groupe de moines a réveillé cette belle au bois dormant, tombée en ruines depuis que les troupes de Napoléon l'ont incendiée et pillée à la fin du XVIIIe siècle. Heureusement que les ruines n'ont pas été toutes évacuées, parce que notre promenade devient – toujours le même thème, ici – un retour en arrière très pittoresque et romantique. Le domaine flotte ainsi hors du temps qui passe, hors des désirs et des petits soucis des Hommes.

Il est vrai que l'Abbaye d'Orval dégage des vibrations positives, une atmosphère de paix, paix de pierre jaune, qui a dû faciliter la paix intérieure des moines comme elle facilite, aujourd'hui encore, la paix intérieure du visiteur. Les choses du monde sont restés dehors, on se sent réconforté, apaisé, loin de toute agitation, de toute immédiateté. Certes, à l'époque où les moines originaux peuplaient cette abbaye, il y avait des toits là où, aujourd’hui, il y a de grandes ouvertures béantes qui laissent entrevoir le ciel. Peut-être n'est-ce donc qu'une chimère, une fantaisie que nous nous mettons en tête et qui n'avait pas d'équivalent réel à l'époque. Mais nous nous plaisons à penser que cette partie a été l'endroit d'un chaleureux "tous ensemble dans le même but" plutôt que d'un "chacun pour soi".

La petite fontaine Mathilde au cœur des ruines est le sujet d'une belle légende. On dit qu'il était une fois une gente dame (en fait, Mathilde de Toscane) qui était venue dans ces contrées. Quand elle plongea sa main dans une source jaillissante, son anneau nuptial glissa de l'annulaire. Elle en fut fort contrite, levant ses yeux remplie de larmes au ciel et se plaignant. Une truite apparut alors à la surface de l'eau et lui rendit son anneau. La dame, heureuse, s'écria: "Voici l'anneau d'or que je cherchais! Heureuse vallée qui me l'a rendu! Désormais et pour toujours, je voudrais qu'on l'appelle Val d'or." Ainsi était né le nom de cet endroit: Val d’or – Orval. Le verlan, comme on voit, ne date pas d’hier…

L'Abbaye d'Orval ne mène pas seulement à une élévation spirituelle, d'ailleurs. Sinon, le titre de cet article serait totalement loufoque. Non, à côté du spirituel, il y a aussi le spiritueux, ici: l'abbaye brasse sa propre bière. Nous n'oublions donc pas de faire un tour à la boutique pour acheter une petite caisse, que nous dégustons paisiblement à notre retour à la maison. L'on dit que c'est les eaux limpides de la fontaine Mathilde qui confèrent à cette bière son goût amère et son arôme inimitable…

TRUCS & ASTUCES

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