P'tites histoires

Florence - Pise - Sienne…

NO STRESS

Florence, un soir, au Piccolo Cafè. Nous venons de faire connaissance avec Jean et Luc, deux Parisiens, quand Claire et Thomas nous demandent s'ils peuvent se joindre à nous. Après les présentations, on trinque, on papote, et de fil en aiguille, Jean et Luc nous racontent ce qu'ils ont fait en seulement deux jours: Ponte Vecchio, Palazzo Vecchio, Offices, Palazzo Pitti, Duomo, Baptistère, Santa Croce, Farmacia di Santa Maria Novella, etc., etc. Une énumération à la Prévert. Ils ont même déniché une soirée dans une boîte à une vingtaine de kilomètres de Florence. Ils y sont allés en train pour revenir à l'aube, en taxi… Là-dessus, Claire nous indique qu'elle et Thomas louent une voiture, eux, pour faire Florence - Pise - Sienne. En trois jours, s’il vous plaît.

GLOUPS! Deux P'tits chats sont en train d'hyperventiler et ont soudainement besoin d'un nouveau verre. C'est que, pendant un instant, on croyait qu'on était obligé de suivre le même marathon touristique. Alors que nous trouvions déjà la ville de Florence trop "riche" en sites intéressants pour les six jours de notre séjour.

"Quand on voyage, on a des journées chargées, hein?" demande Claire, souriante. "On voit tellement de choses qu'on en retient que la moitié…"

Nous nous regardons, pensant tous les deux à notre journée. Bien remplie, sans être une course contre la montre pour autant. Levés vers 7h30, nous avons pris notre douche, puis un petit déjeuner tranquille: café, jus de fruits, cornetti, œufs brouillés, fromage, fruits. Notre objectif pour aujourd'hui était le Palazzo Pitti. Après le lavage des quenottes, nous avons descendu la via Pisana, plutôt calme à cette heure. Au bout de deux jours, les bâtiments bas de part et d'autre nous paraissaient déjà familiers. Les cafés ouvraient, une bonne femme rondelette est sortie sur le trottoir avec une petite tasse d'espresso, un vieux monsieur promenait son toutou, un jeune a fait vrombir sa Vespa, puis s'est arrêté devant un kiosque pour acheter son journal. Les gens souriaient, vaquant à leurs occupations, se parlant dans cette langue mélodieuse et toujours un peu théâtrale qu'est l'italien. Les rayons matinaux coloriaient la Porta San Frediano devant nous en jaune pâle, une petite brise soufflait sur l'asphalte. Nous avons emprunté le Borgo San Frediano, une rue étroite plus animée, bordée d'édifices plus anciens, plus hauts, avec pleins de nouveaux détails à se montrer mutuellement et à prendre en photo.

La visite du Palazzo Pitti était fort intéressante (lire notre article plus détaillé). Nous l'avons interrompue pour déjeuner au calme. Nous avons pris notre temps car se sustenter ne veut pas seulement dire s'alimenter, c'est un bon moment à partager, presque une célébration gastronomique. Après la deuxième partie de notre visite du palais, nous avons flâné un peu dans le Giardino di Boboli derrière le palais, arpentant les allées, profitant de la vue imprenable tout en haut, où le regard se perdait dans la verdure de la campagne toscane avec ses cyprès, ses oliviers et ses villas somptueuses. Il faisait une chaleur obsédante, insistante, alors nous nous sommes installés sur une pelouse, à l’ombre d'un platane, pour faire une petite sieste, les pieds en éventail. Il y avait plein de choses à voir, avec le palais et toute la ville étalés en panorama devant nous, et comme acteurs principaux les touristes en sueur qui montaient depuis le Palazzo et les jeunes assis autour de nous, qui pique-niquaient, se faisaient des papouilles, riaient, fumaient, passaient du bon temps…

Quand la plus grosse chaleur était passée, nous avons remis nos chaussures, et nous sommes repartis, direction le Giardino Bardini tout proche. Le parc était vide, les vues sur la ville spectaculaires. Puis, nous sommes descendus à la Via de’ Bardi. Nos avons longé l’Arno et pris un verre dans un café avant de rentrer à l’hôtel pour une douche bienfaisante et un petit moment de repos. Nous sommes ressortis une heure plus tard, tout frais, tout beaux. C'était l'heure exquise des lumières orangées et rouges, l'heure de la fraîcheur du soleil couchant, l'heure où les Florentins sur leur trente-et-un sortaient pour se mettre en scène. Nous avons fait une halte au Cafè Colle Bereto, juste en face du Palazzo Strozzi, où nous avons savouré un aperitivo succulent pour pas cher. Nous étions entourés des jeunes et riches de Florence et d'ailleurs paradant leurs fringues griffées et leurs enveloppes de parfum. Ensuite, petite promenade digestive dans les ruelles jusqu'à atterrir dans la Via Borgo degli Albizi, où la petite boutique Rivareno se rappelait à nos bons souvenirs. C'est là qu'on avait pris une petite glace, hier. Alors on a remis ça. On a déambulé encore une petite heure, lentement, profitant de la vie nocturne florentine, avant d'atterrir ici, au Piccolo Cafè.

Pour nous, cela avait été une journée bien chargée. Riche en émotions, en découvertes, en plaisir. Mais pas sûr qu'aux yeux de nos quatre nouveaux amis, on ne passerait pas pour des faignants, des losers du tourisme au pas de course. Nous n’avons pas vu tout ce qu'il y a à voir à Florence, après tout. Nous n'avons pas vu Pise et Sienne, non plus. Nous avons juste vécu Florence, intensément, nous avons vu ses couleurs et ses lumières du matin, du midi, du soir, de la nuit, nous l’avons sentie, nous avons l'impression de l'avoir comprise un peu. Sans nous épuiser, à notre rythme, et sans nous ruiner.

Claire sourit toujours, comme si elle attendait une réponse. Alors, nous disons: "Ah oui, les voyages, ça peut être fatiguant." Puis, sans nous concerter, nous décidons de payer un coup à nos compatriotes. Parce que nous, on n'a pas oublié la moitié des choses qu'on a vue aujourd'hui; au contraire, on en a encore la tête pleine. Du coup, nos quatre amis nous font un peu pitié.

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