REIMS

France

À nous, le seau à champagne

À notre arrivée en gare de Reims, une petite bise glaciale balaie la plaine champenoise et la cité des rois. Elle traverse la ville comme si elle avait hâte de rejoindre l'Alsace. Mais Reims déploie ses charmes autour de nous, la journée est jeune, notre humeur au beau fixe. Nous descendons la place Drouet-d'Erlon, qui est en fait une longue rue et que les Rémois appellent fièrement leurs "Champs-Élysées". Les boulangeries devant lesquelles nous passons laissent sortir de charmants effluves, ça sent le pain frais et les viennoiseries. Difficile de résister, d'autant plus qu'il est encore tôt. Nous craquons au bout de quelques minutes et nous octroyons une petite douceur pour la route. C'est aussi l'occasion de trouver le premier petit souvenir à ramener de cette excursion: des biscuits roses de Reims, bien sûr.

Opéra de Reims, Tribunal de Grande Instance, que des bâtiments imposants. Mais rien à côté de ce qui nous attend maintenant: la magnifique cathédrale Notre-Dame de Reims. Même s'il lui manquent toujours les flèches initialement prévues, elle impressionne, s'élançant vers le ciel en un mouvement gracieux. Taille et assise massive laissent deviner le poids, mais elle semble presque aérienne, tout en architecture gracile, dentelles de pierre et statues. La façade ouest nous offre ses trois portails richement travaillés. Il va sans dire que nous nous arrêtons plus longuement devant l'emblème  à la fois de la cathédrale et de la ville: le fameux Ange au Sourire, qui fascine depuis des générations par sa bonne humeur énigmatique.

À l'intérieur, le volume de l'édifice nous réduit à un silence respectueux et solennel. Les voûtes de la nef, soutenus par des colonnes presque frêles, semblent flotter en l'air quelques 33 mètres au-dessus de nos têtes; les grandes fenêtres donnent une impression d'ouverture vers l'extérieur et participent par leur forme allongée au mouvement général que l'on ressent: celui de l'Homme qui tente de s'élever vers le Ciel. Nous déambulons dans la cathédrale jusqu'à trouver les fameux vitraux créés par Marc Chagall pour la chapelle axiale; là, les couleurs inondent l'espace et créent une atmosphère féerique.

La deuxième visite nous amène dans la Basilique Saint-Remi de Reims. Elle est assez impressionnante, elle aussi, mais on aurait presque envie de dire: plus "intime", plus "accessible" au commun des mortels que l'intimidante cathédrale. À l'intérieur, ce nous frappe immédiatement, c'est l'énorme Couronne de lumière suspendue au milieu de la nef. Elle mesure 6 m de diamètre, excusez du peu, et porte 12 tourelles ainsi que 96 bougies. Tous les ans, ces bougies sont solennellement allumées pendant les fêtes dédiées à Saint-Remi, le premier dimanche d'octobre, nous dit-on.

Troisième visite du jour: les caves du domaine Vranken-Pommery. Des bâtiments de style élisabéthain se dressent devant nous, peints en gris, blancs et rouges, avec des tourelles rondes. C'est joli, même si Didi les trouve un peu kitsch. Billets en main, nous attendons l'arrivée de notre guide sous l'œil sévère de Madame Pommery, qui n'a pas dû être une grande rigolotte. La guide nous expliquera plus tard que cette dame austère a repris les rênes de l'entreprise à la mort de son mari en 1858 pour la rendre célèbre par la suite. Elle-même ne s'est éteinte qu'en 1890, et nous on comprenons mieux sa mine. Déjà qu'aujourd'hui, ce n'est pas évident d'être une bussiness woman à succès, alors pensez donc ce que ça a dû être au XIXe siècle, bien connu pour sa misogynie…

Puis, nous descendons dans les entrailles de craie du domaine. La jeune guide nous explique le procédé de fabrication des vins de Champagne, retrace l'historique de cette fabrication ainsi que celui de la maison Vranken Pommery et nous fait découvrir des caves avec pleins de bouteilles millésimées, dont certaines hors d'âge. Il fait un froid de gueux dans ces caves (heureusement que nous avions prévu notre petite laine), mais entre les compartiments remplis de bouteilles recouvertes de poussière et les immenses salles vides qui alimentent l'imaginaire, nous remarquons à peine ces températures.

En apothéose de cette visite, la dégustation d'un grand cru, incluse dans le ticket d'entrée. Pour nous, c'est une flûte de cuvée Louise (nommée d'après la fille de Madame Pommery). On trinque, on goûte. Les opinions divergent ensuite, mais étant donné que nous préférons les champagnes demi-secs (un sacrilège pour la plupart des Champenois), nous ne sommes pas vraiment conquis, pour être honnêtes. C'est une question de goût personnel, dirons-nous; certains aiment, d'autres aiment moins, ce qui n'enlève rien à la qualité du produit. En revanche, Vranken Pommery étant une marque prestigieuse, le petit tour dans la boutique qui se trouve à la sortie nous fait faire "Gloups!" quand nous apercevons le prix des bouteilles. Tout ce que nous pouvons nous offrir en guise de souvenir, c'est un joli seau à champagne siglé Pommery. Bon, d'accord, l'étiquette au cul du seau indique qu'il est "Made in Taiwan", mais nous le trouvons chouette et savons qu'il nous servira sans doute…

TRUCS & ASTUCES

  • Reims n'est qu'à 40 minutes de Paris en TGV, et si vous vous y prenez à temps, le billet aller-retour vous reviendra à quelques 30 euros par tête de pipe – FR, EN, DE, IT, ES, NL, RU
  • Pour la petite histoire, le statuaire de la cathédrale de Reims compte en tout et pour tout… 2303 statues! Si vous cherchez le fameux Ange au Sourire, il se trouve à côté du portail de gauche de la façade ouest (la façade principale).
  • La Basilique Saint-Remi, entre style roman et gothique flamboyant, tient son nom de l'évêque Remi, qui vivait du temps du roi Clovis. C'est lui qui aurait baptisé ce roi, qui est ainsi devenu un personnage presque mythique – on le considère aujourd'hui comme le premier roi de ce qui est devenue la France et comme le premier roi chrétien du royaume des Francs. Nous disons d'ailleurs "personnage mythique" parce que très peu d'éléments de son auguste vie royale ne sont connus avec certitude; même pour la date du baptême, les historiens avancent une fourchette qui comprend les années entre 496 et 506. Très curieusement, ils ne savent pas l'année exacte, mais ils sont sûrs de la date: le 25 décembre. Le bon évêque Remi a donc œuvré dans cette basilique, et il a été sanctifié par la suite, devenant Saint-Remi. On trouve du coup son tombeau et ses reliques à l'intérieur.
  • Le Domaine Vranken Pommery dispose de son propre site web, où vous pouvez réserver vos billets en avance – FR, EN

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