VENISE

Italie

Une âme de gondolieri

Port de l'aéroport de Venise, quai n°13. La vaporetto qui doit nous conduire à Venise se balance sur les eaux de la lagune, que la brume matinale colorie en gris acier et marron épais. "Zissé ticket no good", dit la dame devant nous de manière rugueuse quand nous lui montrons nos Pass. "Zissé foré bus, inné front of ze airport." Sur ce, elle se retourne pour continuer sa conversation amicale avec le chauffeur du bateau.

Ça alors! C'est bête, vraiment bête. Nous avons déboursé un supplément de six euros chacun pour ce transfert, sans nous douter que nos Pass… ne serait pas valables, ici. Bien sûr que non, ils sont délivrés par le concurrent, ACTV, après tout. Nous nous regardons, indécis. Quoi faire? Retourner dans le long couloir qui relie l'aéroport à son port pour prendre le bus? Nous taper une heure de route via Mestre (pas vraiment joli-joli) et le Ponte della Libertà? Euh, non.

Nous nous pointons donc au guichet d'Alilaguna et achetons un aller simple pour Venise. Quinze boules par tête de pipe. Le prix de notre bêtise. Le prochain bateau doit partir dans vingt minutes, mais pour une fois, on a du bol: quai n°13, notre dame rugueuse est toujours en train de raconter au même chauffeur comment vont son mari, la mamma, la nonna, la zia, les enfants et le chien. Nous nous installons parmi un essaim d'Espagnols, le bateau part en dansant sur les vagues, et la brume nous avale comme un mystère suranné. De temps en temps, des choses sortent du voile gris qui nous entoure, d'abord des plots de bois bouffés par le sel et l'eau, puis des îlots, puis Murano, S. Michele, et enfin, au loin, comme un mirage… la Sérénissime.

Le soleil se lève et chasse les vapeurs du matin quand nous attendons devant la gare Santa Lucia. Le Canal Grande devant nous est un foutoir étonnamment bien organisé où se croisent des vaporetti, des gondoles, des bateaux-taxis luxueux et étincelants, des bateaux individuels et des barques avec victuailles, matériaux de construction et déchets. L'arrêt du vaporetto, en fait un ponton sur l'eau, tangue sous nos pieds.

Autour de nous, des mamans font patienter leurs bambinis, des signori lisent leur Gazzetino ou leur Gazzetta dello Sport, des mamies en vêtements élégants tiennent des paniers en osier sous leur bras, révélant qu'elles se rendent au marché du Rialto pour faire leurs emplettes. Le vaporetto n°2 arrive, une jeune employée l'amarre au ponton, ouvre la grille qui sécurise l'accès, puis s'époumone: "Ferrovia ! Ferrovia!" Ses R claquent comme des roulements de tambour.

Nous devons attendre qu'une incroyable foultitude de gens avec une foultitude de valises descendent. Ben oui, certains aiment voyager léger… Puis, on monte. Nous trouvons deux sièges libres, à l'arrière du bateau, des sièges situés à l'extérieur. Un cadeau du destin. On y est assis presque au raz de l'eau, le moteur vrombit, on pointe le pif en direction du vent et profite des façades des palazzi, églises, monuments et musées qui défilent lentement. Tout a un air d'improbable, un goût de décadence exquise, de douce et belle décrépitude.

Début d'après-midi. Il fait chaud, nous sommes en mode digestion et parcourons sans nous presser quelques ruelles étroites. À la station Zattere, nous tombons d'accord qu'un petit périple en bateau nous ferait le plus grand bien. Nous embarquons sur la ligne n°5.2, qui offre le tour de Venise sûrement le moins fatiguant.

Le vaporetto se met en marche, nous remontons vers S. Basilio, la Giudecca s'étale à notre gauche, la rive sud du Dorsoduro à notre droite. Nous savons que nous en avons pour plus d'une heure, halte au Lido comprise, avant de rejoindre S. Marco. Des mouettes nous chantent une version très personnelle du célèbre "O sole mio!" avec leurs voix rauques, les vaguelettes lèchent notre bateau, le soleil nous caresse la peau. Le bonheur à la vénitienne. A priori, seuls les gondolieri l'approchent encore de plus près.

TRUCS & ASTUCES

  • Mise à part les taxis (plutôt très chers), seul Alilaguna fait l'aller-retour en bateau depuis et vers l'aéroport (ligne orange) – FR, EN, DE, IT, ES
  • Venezia Unica propose des Pass pour vaporetto + bus (plus des forfaits qui intègrent aussi certains sites touristiques) – FR, EN, DE, IT, ES, RU
  • Pour descendre ou remonter le Canal Grande, il y a le choix entre 2 lignes de vaporetto, à savoir la 1 et la 2; opter plutôt pour la 2, qui a moins d'arrêts (mais ajuster le choix s'il y a trop d'affluence dans celle-ci)
  • La ligne 5.2 fait en effet le tour extérieur de Venise; le mieux, c'est de l'emprunter à S. Zaccaria près de la place Saint-Marc ou sur le Dorsoduro; prévoir du temps parce que le trajet peut prendre plus d'une heure.

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